La Croisette déroule sa courbe face aux îles de Lérins, bordée de façades blanches et de stores rayés qui n'ont guère changé depuis les années folles. Derrière cette vitrine, Le Suquet grimpe en ruelles étroites où le linge sèche aux fenêtres et où les vieux Cannois jouent à la pétanque sur la place ombragée. Le port sépare deux mondes : les yachts démesurés d'un côté, les pointus colorés des pêcheurs de l'autre. Le marché Forville impose son rythme — arrivée des cagettes de poissons à l'aube, déballage des légumes de l'arrière-pays grassois, fermeture vers treize heures.
La table cannoise vit au rythme de la Méditerranée. Les restaurants de la rue Meynadier servent le rouget grillé et les fleurs de courgette farcies dans des salles sans chichis. Les palaces maintiennent leurs grandes tables avec vue sur la baie, nappes amidonnées et service au guéridon. Dans Le Suquet, les adresses familiales perpétuent la socca croustillante et la pissaladière aux oignons fondants. Le soir, les toits-terrasses captent la lumière rasante qui embrase l'Estérel.