Marufukuro à Kyoto, l’Ancien Siège de Nintendo Devenu Refuge d’Exception
À Kyoto, certaines adresses semblent murmurer leur histoire plutôt que l’afficher, et Marufukuro appartient à cette catégorie rare d’hôtels où chaque détail invite à ralentir. Installé dans l’ancien siège de Nintendo, ce refuge confidentiel marie l’élégance Art déco des années 1930 à la sobriété contemporaine insufflée par Tadao Ando. Derrière ses façades chargées de mémoire, l’hôtel dévoile 18 chambres singulières, des salons intimistes, une bibliothèque dédiée à l’univers Nintendo et une table de tempura d’une grande délicatesse. Entre patrimoine japonais, design feutré, gastronomie de saison et atmosphère presque secrète, Marufukuro offre une manière profondément sensible de découvrir Kyoto, loin de l’agitation, au plus près de son âme discrète.
Le Charme Discret d’un Kyoto en Renaissance
À Kyoto, Marufukuro profite d’une adresse rare dans le quartier de Kagiyacho, à quelques pas de la gare et non loin des rives de la Kamo, au cœur d’un paysage urbain encore empreint de charme ancien. À l’écart de l’agitation touristique tout en restant parfaitement connecté, l’hôtel offre un point de départ idéal pour découvrir l’ancienne capitale impériale : le jardin Shosei-en, dépendance du temple Higashi Honganji, le temple Sanjusangendo ou encore le Musée national de Kyoto se rejoignent aisément. Entre ruelles paisibles, bâtiments historiques et nouvelles adresses confidentielles, ce quartier en pleine renaissance cultive une atmosphère nostalgique et élégante, idéale pour goûter à un Kyoto plus intime.
Le Berceau de Nintendo Se Réveille en Hôtel d’Exception
Dans ce quartier discret de Kyoto, Marufukuro puise son élégance dans une histoire singulière. C’est ici qu’en 1889, Fusajiro Yamauchi fonde Nintendo en ouvrant un petit atelier consacré aux cartes hanafuda, jeu traditionnel japonais aux motifs raffinés. De cette production artisanale naît peu à peu une entreprise florissante, devenue l’un des grands noms de la carte à jouer au Japon. Dans les années 1930, pour accompagner son essor, la famille Yamauchi fait édifier un ensemble mêlant bureaux, entrepôts et résidence privée : un lieu de travail et de vie imprégné de l’esprit de Marufuku, ancien nom associé à la maison, qui renaît en avril 2022 sous les traits feutrés de l’hôtel Marufukuro.
L’adresse séduit d’abord par son architecture Art déco, héritée du début de l’ère Showa. Lignes droites, motifs géométriques, touches colorées, vitraux et carreaux anciens composent un décor d’une grande justesse, restauré avec un respect minutieux du bâti originel. Rien ici ne semble figé : les traces du passé se lisent dans une enseigne préservée, dans un emblème, dans la silhouette des façades, mais aussi dans certains équipements d’époque conservés et intégrés au décor, notamment les ascenseurs d’origine. Ces détails composent autant de clins d’œil à l’époque où Nintendo fabriquait hanafuda, karuta et autres jeux de cartes, bien avant d’entrer dans l’imaginaire mondial du divertissement numérique.
La rénovation orchestre un dialogue délicat entre patrimoine et création contemporaine. Aux trois bâtiments historiques s’ajoute une aile conçue sous la direction de Tadao Ando, où le béton, la lumière et les volumes épurés introduisent une modernité calme, presque méditative. Les différents espaces nommés Pique, Cœur, Trèfle et Carreau prolongent avec subtilité l’univers des cartes, tandis que la bibliothèque signée Suppose Design Office, les œuvres d’art et les objets d’archives insufflent au lieu l’allure d’une maison de collectionneur. Marufukuro offre ainsi un luxe discret, cultivé et profondément japonais, où chaque détail relie l’artisanat d’origine à une vision très contemporaine de l’hospitalité.
18 Clefs Entre Charme Rétro et Lignes de Tadao Ando
Marufukuro abrite seulement 18 chambres et suites, réparties entre les trois bâtiments historiques et l’annexe contemporaine. Toutes différentes par leur volume, leur atmosphère et leur agencement, elles cultivent un charme très personnel, entre élégance des années 1930, héritage Nintendo et confort résolument actuel. Dans les bâtiments d’origine, les chambres évoquent avec subtilité l’âme de l’ancien siège social, entre teintes vert mousse, mobilier choisi avec soin et détails rétro, tandis que la nouvelle aile privilégie la lumière naturelle, les lignes épurées et le béton apparent cher à Tadao Ando. Parmi les plus belles catégories, la suite japonaise, installée dans l’ancienne résidence Yamauchi, séduit par son esthétique traditionnelle, son tatami et son bain extérieur rotenburo ; la suite Residential, pensée comme un véritable appartement de 75 m² avec kitchenette et buanderie, offre une atmosphère plus contemporaine et lumineuse ; enfin, la suite Marufukuro, perchée au sommet de la nouvelle annexe, réunit passé et présent dans un spectaculaire espace d’environ 78 m², prolongé par une vaste terrasse.
Nous avons eu le plaisir de séjourner dans la Japanese Balcony King, installée au dernier étage du bâtiment historique. Avec ses 45 m², elle offre un bel équilibre entre intimité, espace et raffinement, dans une atmosphère nippo-occidentale. Son balcon privé s’ouvre sur une vue panoramique sur Higashiyama, tandis que les hauts plafonds à charpente triangulaire apportent un caractère singulier à la pièce et accentuent la sensation de volume. La décoration, élégante sans ostentation, mêle esprit rétro, confort contemporain et détails délicatement japonais, créant un cocon particulièrement agréable après une journée dans Kyoto. On y retrouve tout ce qui fait le charme discret de Marufukuro : un mini-bar généreux, des cartes postales aux couleurs de l’hôtel et une chambre qui s’ouvre avec une charmante clé ancienne en fer, ornée d’un porte-clé inspiré des enseignes Nintendo d’époque. La salle de bains dispose d'une baignoire profonde, de produits d’accueil fabriqués localement, ainsi que de bassines et tabourets japonais traditionnels.
Le Raffinement d’Un Réveil Japonais
La journée s’ouvre sur un délicat petit-déjeuner japonais, tout en nuances salées, où chaque préparation célèbre la saison et l’élégance des saveurs locales. Le riz, cuit avec soin dans une marmite en terre cuite, s’accompagne d’une soupe miso réconfortante, d’un poisson du jour tel qu’un saumon grillé à la sauce soja, ainsi que de petits plats raffinés au choix, du sukiyaki de bœuf de Kameoka aux nouilles parfumées aux légumes aromatiques. Sur la table, une sélection d’accompagnements traditionnels — chirimen sansho, ume, hijiki, piment manganji au miso et gingembre mijoté façon tsukudani — invite à savourer chaque bouchée avec lenteur, dans l’esprit d’un matin japonais à la fois simple, généreux et profondément soigné.
Notre Dîner à Tempura Marufuku
À Marufukuro, la gastronomie se vit comme un tête-à-tête précieux avec Kyoto et ses saisons. Derrière le noren discret de Tempura Marufuku, les chefs orchestrent sous vos yeux un délicat ballet culinaire, déposant une à une les tempuras tout juste frites de l’autre côté d’un superbe comptoir en bois blanc poli. Légères, aériennes, elles révèlent avec finesse la pureté d’ingrédients soigneusement sélectionnés à Kyoto et dans ses environs, servis dans une vaisselle artisanale venue de tout le Japon. Le soir, l’expérience se déploie autour de menus kaiseki de tempuras en 12 ou 17 plats.
Notre dîner en 12 plats s'ouvre sur une soupe de palourdes d’eau douce dans une sobriété très japonaise, servie dans une petite tasse en céramique. Dès cette première gorgée, la dégustation évoque une entrée délicate et profonde, centrée sur la minéralité douce des palourdes d’eau douce, avec cette chaleur enveloppante qui prépare le palais sans l’alourdir. Pour accompagner notre repas, j'ai opté pour un saké Sawaya Matsumoto / Sec qui apporte une précision cristalline, tandis que mon mari a préféré la Nude Beer Kyoto Craft Komorezora qui prolonge l’impression de fraîcheur, comme une respiration lumineuse entre umami, salinité fine et élégance artisanale.
La crevette kuruma se présente dans une élégante simplicité japonaise. Enrobée d’une pâte légère et dorée, presque aérienne, elle révèle une friture délicate qui laisse deviner la chair nacrée et sucrée de cette crevette prisée, tandis que la tête et les fines pattes croustillantes apportent une dimension plus iodée, intense et gourmande. Cette bouchée évoque le luxe silencieux d’un repas omakase : précision du geste, pureté du produit et plaisir immédiat d’un contraste entre croustillant fragile et tendreté marine.
Après cette expression marine, l'aubergine Kamo de Kyoto introduit une douceur végétale, servie dans un petit bol en céramique verte qui fait ressortir les tons dorés de l’aubergine délicatement frite. Sa chair est fondante, presque crémeuse, légèrement croustillante sur les bords, nappée d’une sauce sombre et brillante aux accents profonds d’umami. Les copeaux de bonite séchée déposés au sommet apportent une touche aérienne, saline et fumée, qui danse avec la chaleur du plat et souligne la douceur naturelle de cette variété précieuse de Kyoto.
Le registre végétal gagne ensuite en intensité avec le piment Manganji à la poutargue, présenté comme une bouchée délicatement frite, où le vert tendre du piment apparaît sous une fine enveloppe de pâte légère et croustillante. La poutargue, râpée en une poudre dorée généreusement parsemée, apporte une intensité iodée et saline qui contraste avec la douceur végétale du piment Manganji, réputé pour sa saveur subtilement sucrée et son piquant très mesuré. L’ensemble évoque une élégance japonaise contemporaine, entre tempura aérienne et condiment méditerranéen luxueux, avec une texture à la fois croquante, fondante et granuleuse, idéale pour poursuivre le repas sur une note raffinée, vive et profondément umami.
Dans un esprit plus solaire, le maïs doux se présente comme une délicate bouchée dorée. La friture, légère et finement irrégulière, laisse deviner une texture aérienne, presque dentelée, tandis que sa couleur blond miel promet la douceur naturelle du maïs concentrée sous une enveloppe croustillante. Servi seul, sans artifice, ce petit morceau mise sur la pureté du produit et la précision du geste : une gourmandise simple en apparence, mais raffinée, où le sucré végétal du maïs rencontre la chaleur subtile d’une pâte frite parfaitement maîtrisée.
Le repas retrouve alors les eaux vives avec le poisson ayu, présenté ici entier dans une fine friture dorée dont les reliefs croustillants laissent deviner la délicatesse du poisson de rivière. À ses côtés, une petite touche de sauce aux feuilles de sanshō apporte une fraîcheur végétale et poivrée, presque citronnée, qui réveille la douceur subtile de la chair et équilibre la texture aérienne de la panure.
En contrepoint de cette finesse fluviale, la carotte se présente comme une bouchée d’une élégance minimaliste : une longue tranche de carotte, d’un orange intense, tandis que sa base est enveloppée d’une fine friture croustillante façon tempura. Le contraste est très séduisant entre la douceur végétale attendue de la carotte, la profondeur fumée de la coloration et la texture aérienne de la pâte. L’ensemble offre une impression à la fois rustique et raffinée, parfaitement dans l’esprit d’un comptoir gastronomique japonais où chaque détail, du service à la cuisson, célèbre la précision et la saison.
Puis vient la tempura de poisson frais du jour au caviar, une bouchée d’une élégance rare : un morceau de poisson du jour, enveloppé d’une pâte à tempura très légère, pâle et croustillante. Sur le dessus, une généreuse cuillerée de caviar apporte son éclat sombre et nacré, contrastant avec la friture fine et la chair blanche, pour une rencontre entre chaleur, iode et salinité luxueuse. Un quartier de citron posé à côté vient offrir une touche d’acidité vive et prolonge l’impression de raffinement, dans une mise en scène japonaise sobre, intime et précieuse.
La progression marine se poursuit avec le coquillage turbo, servie à la main sur une fine pique, avec une friture légère et dentelée qui laisse deviner les nuances nacrées du coquillage sous son voile croustillant. La texture semble jouer sur le contraste entre le craquant aérien de la pâte et la chair iodée, presque crémeuse, relevée par une sauce au foie et aux algues qui promet une profondeur umami, saline et légèrement terrienne.
À l’approche de la conclusion salée, le bol de riz au tempura de congre où le riz nacré, moelleux et brillant, accueille de larges morceaux de congre en tempura, dorés à point et délicatement laqués d’une sauce ambrée. La friture est fine et croustillante, avec ces reliefs irréguliers qui promettent une bouchée légère avant de révéler la chair tendre du poisson, tandis que le riz absorbe doucement les notes sucrées-salées.
Enfin, la glace à la vanille et patate douce se présente comme un dessert tout en simplicité raffinée, servi dans une large coupe claire qui met en valeur le contraste entre la boule de glace ivoire, lisse et crémeuse, et les morceaux de patate douce rôtie aux teintes dorées et pourpres. La douceur lactée de la vanille semble envelopper la texture plus dense, presque confite, de la patate douce, dont les bords légèrement caramélisés apportent une note chaleureuse et rustique. C’est une assiette minimaliste mais pleine de charme, où l’élégance vient de l’équilibre entre fraîcheur, rondeur sucrée et saveurs terriennes, idéale pour conclure le repas sur une touche délicate, apaisante et profondément réconfortante.
Deux Salons Entre Mémoire Feutrée et Avant-Garde Japonaise
Le Guest Lounge prolonge avec élégance l’expérience d’arrivée, dans une atmosphère à la fois feutrée et chargée d’histoire. Situé dans le bâtiment historique, il occupe une ancienne salle de réception aujourd’hui réservée aux hôtes, où s’effectue également l’enregistrement, accompagné d’une boisson de bienvenue. Ce salon intimiste conserve mobilier et éléments décoratifs d’époque, offrant un cadre idéal pour s’imprégner de l’âme du lieu. On y retrouve notamment des fauteuils d’origine, un ancien bureau ainsi qu’une maquette du bâtiment en LEGO, clin d’œil discret à l’héritage ludique de la maison. Des boissons en libre-service y sont proposées en permanence, invitant à s’y arrêter à tout moment de la journée.
Dans la nouvelle aile, le Dining Lounge dévoile une ambiance plus contemporaine, pensée comme un salon-salle à manger ouvert à toute heure. Conçu dans l’esprit architectural de Tadao Ando, il accueille également le petit-déjeuner, propose boissons, en-cas légers et collations nocturnes, et se distingue par une belle présence artistique. Des pièces offertes par Tadao Ando y côtoient diverses œuvres, notamment de Yayoi Kusama, créant un dialogue subtil entre patrimoine, design et art contemporain. Que l’on s’y installe pour une pause au calme, un café improvisé ou un moment de détente en fin de journée, chacun de ces deux salons possède son caractère propre et invite à profiter des lieux selon son rythme.
La Bibliothèque en Hommage à Nintendo
Baptisée « dNa », la bibliothèque de Marufukuro offre une immersion rare dans l’héritage de Nintendo. Imaginé sous la supervision de SUPPOSE DESIGN OFFICE, cet élégant salon réservé aux hôtes réunit ouvrages japonais et internationaux, consoles vintage, produits dérivés et œuvres contemporaines autour de l’univers fondateur de la marque. Entre installations interactives signées Rhizomatics, évocations des cartes hanafuda et pièces iconiques telles que la Famicom ou la Game Boy, l’espace dévoile avec finesse les origines, l’imaginaire et la philosophie de Nintendo tels que les interprète la famille Yamauchi.
La bibliothèque se découvre à toute heure, dans une atmosphère feutrée propice aux conversations comme à la contemplation. À quelques pas, le bar en libre-service invite les hôtes à s’installer autour d’un café dans l’après-midi ou, plus tard, à composer eux-mêmes leur verre parmi une belle sélection de whiskies, scotchs et gins, dont certains rappellent les préférences du fondateur de Nintendo. Feuilleter un ouvrage rare, admirer une console devenue objet d’art, puis savourer une boisson dans ce décor chargé de mémoire compose une expérience singulière, à la fois culturelle, ludique et résolument raffinée.
Mon Avis
Séjourner à Marufukuro, c’est accepter de se laisser guider par une forme de luxe rare, celui qui préfère la mémoire aux effets spectaculaires, la précision au superflu et l’émotion intime aux grands discours. Dans cette ancienne maison Nintendo devenue refuge d’initiés, Kyoto se dévoile avec une douceur particulière, entre héritage Art déco, architecture contemporaine, cuisine de saison et hospitalité d’une délicatesse exemplaire. L’adresse séduira autant les amateurs de design que les passionnés d’histoire japonaise, les voyageurs gourmets que ceux qui recherchent une retraite confidentielle à l’écart des itinéraires les plus attendus. Marufukuro s’impose comme l’une de ces escales précieuses qui donnent envie de ralentir, de regarder Kyoto autrement et de savourer chaque instant avec une attention nouvelle.
J'ai aimé :
- La superbe réhabilitation de l’ancien siège de Nintendo : on retrouve pleinement l’atmosphère des années 1930, tout en profitant d’une intégration parfaitement réussie avec le nouveau bâtiment signé Tadao Ando.
- Le caractère très intime de l’hôtel, avec seulement 18 chambres, ainsi que son petit lounge exclusif où tout est inclus.
- Une gastronomie de très haut vol : excellent restaurant de tempura gastronomique et petit-déjeuner remarquable.
J'ai regretté :
- Absolument rien : l’expérience est exceptionnelle. Bien sûr, avec seulement 18 chambres, il ne faut pas s’attendre aux infrastructures d’un grand hôtel, mais c’est précisément ce qui fait tout le charme et l’exclusivité de l’établissement.
Informations Pratiques
- Chambre Japanese Balcony King au tarif de 750€ en juillet 2026.