Sühring, la Haute Couture Culinaire Allemande au Cœur de Bangkok
Au cœur de Bangkok, dans une élégante villa entourée de verdure, les frères jumeaux Thomas et Mathias Sühring réinventent avec brio la cuisine allemande. Depuis 2016, leur table doublement étoilée au Guide Michelin célèbre les saveurs de leur enfance à travers des recettes familiales sublimées par une touche contemporaine. Entre tradition et modernité, rigueur et espièglerie, Sühring incarne une hospitalité sincère et raffinée, où chaque détail – du verre à l'assiette – reflète une vision personnelle de la gastronomie européenne.
Une Villa Gastronomique au Cœur de Bangkok
Installé dans une élégante villa moderniste des années 1970 nichée au cœur d'un jardin tropical luxuriant, Sühring séduit par son atmosphère unique, à la fois chaleureuse et raffinée. Le restaurant, pensé comme une maison d'hôtes, se compose de plusieurs espaces distincts, chacun offrant une ambiance particulière, allant de l'intimité feutrée du Living Room à la convivialité vibrante de la Kitchen. Ce dernier, avec son comptoir ouvert sur la cuisine en pleine effervescence, propose une immersion totale dans le travail des chefs, tandis que la Glass House, baignée de lumière naturelle, invite à une parenthèse romantique face au jardin. L'agencement du lieu, mêlant salons intimes et salles animées, crée un équilibre subtil entre tranquillité et énergie, et fait de chaque dîner une expérience à la fois immersive et profondément humaine.
L'Esprit des Frères Sühring, entre Héritage et Création
Chez Sühring, la haute gastronomie allemande s'invite avec audace et finesse au cœur de Bangkok. Guidés par une vision singulière, les frères jumeaux Mathias et Thomas Sühring revisitent les grands classiques de leur enfance avec une touche de modernité, sans jamais trahir l'âme de leur héritage culinaire. Harengs Bismarck, currywurst, spätzle ou Brötzeit se réinventent dans des compositions raffinées, tantôt espiègles, tantôt poétiques, où chaque bouchée révèle une technique maîtrisée — fermentation, saumurage ou séchage — et une parfaite mise en valeur des produits de saison. Cette approche créative et profondément personnelle se matérialise dans le menu dégustation Erlebnis, véritable voyage sensoriel à travers les saveurs et les souvenirs d'une Allemagne contemporaine et émotionnelle.
Lauréat de deux étoiles Michelin depuis 2018 et membre de l'association Relais & Châteaux, Sühring se distingue par une cuisine d'auteur, élégante et accessible, portée par une double expertise. Formés auprès des plus grandes maisons européennes, les deux frères insufflent à leur table un esprit à la fois cosmopolite et résolument ancré dans leurs racines. Loin de toute rigidité, leur cuisine se veut vivante, évolutive et en dialogue constant avec la saisonnalité, mais aussi avec les inspirations glanées au fil de leurs voyages. Ce subtil équilibre entre tradition et innovation, exécuté dans un cadre contemporain et chaleureux, fait de Sühring une adresse unique en Asie, rare ambassade de la gastronomie allemande moderne.
Quand la Tradition Allemande Devient Haute Couture Culinaire
Nous avons entamé le menu dégustation avec une coupe de Riesling Brut de la maison allemande Griesel & Compagnie. Ce vin séduit par sa fraîcheur vive, ses bulles fines et ses arômes élégants d'agrumes et de fruits blancs — une ouverture tout en légèreté pour accompagner les premières bouchées. Le premier amuse-bouche, aussi élégant que délicatement dressé, marie la douceur du poireau à l'intensité aromatique de la truffe, le tout sublimé par une présentation sculpturale digne d'une œuvre d'art. Vient ensuite une fine tartelette, qui unit la tendreté de la coquille Saint-Jacques à la douceur du potiron et aux notes iodées du varech, créant une alliance subtile entre terre et mer.
Puis, clin d'œil raffiné au nord de l'Allemagne, une réinterprétation du Brathering — hareng frit puis mariné — se distingue par la vivacité de la moutarde, la fraîcheur des cornichons et une délicate touche florale. Ce plat populaire est ici transformé en une version élégante et nuancée. Autre hommage aux traditions portuaires du nord, le Labskaus est revisité avec audace. Ce plat rustique à base de bœuf salé, betterave, pomme de terre et hareng se pare de caviar et se présente avec une précision remarquable, offrant une interprétation à la fois luxueuse et saisissante. L'Enleta surprend ensuite par son apparence : un trompe-l'œil évoquant un snack industriel, mais qui dissimule une création d'une grande finesse. Du foie gras est pris entre deux gaufrettes au chocolat, servi avec un vinaigre maison au miel, abricot et vanille, créant un contraste ludique entre forme familière et complexité gustative — un parfait reflet de l'esprit espiègle et raffiné de Sühring.
Nous avons ensuite opté pour un accord mets et boissons sans alcool, tout aussi inventif. Le premier verre, un kombucha à la menthe, curcuma, coing et aneth, a accompagné un plat délicat de crabe royal et caviar. La chair sucrée du crabe se marie à la salinité du caviar, dans une composition subtilement équilibrée par une crème onctueuse et ponctuée de fleurs comestibles — une assiette aussi raffinée visuellement que gustativement.
Le pain et le beurre sont ensuite arrivés, marquant une pause gourmande avant la suite du repas.
Nous avons poursuivi avec un pâté en croûte de gibier, superbement exécuté. Les inclusions de persil frais et de pistaches apportent fraîcheur, croquant et complexité aromatique. La présentation, rehaussée de jeunes pousses et de fleurs comestibles, s'accompagne d'un jus à base de pomme Elstar, relevé de muscade, infusé à la vanille et structuré par une note d'orge, évoquant une douce fermentation ou une macération naturelle. Une association pleine de caractère.
Le plat suivant met à l'honneur un omble chevalier délicatement cuit, nappé d'un bouillon clair infusé au topinambour. Surmonté d'herbes fraîches, de pousses et de fleurs comestibles, il est complété par un subtil râpé de raifort, apportant piquant et fraîcheur. Deux tartelettes croustillantes servies à côté prolongent la dégustation en jouant sur les textures. Le jus mêle Stromberger Pflaume, griotte, quatre-épices et céleri — une boisson corsée, légèrement trouble, aux accents fruités, épicés et végétaux, en parfaite harmonie avec la finesse iodée du poisson.
Puis vient un médaillon de homard, cuit à la perfection, nappé d'une sauce onctueuse aux reflets ambrés, délicatement parfumée à la vanille. Une quenelle de purée ornée de crème à la noisette, accompagnée d'une garniture croustillante évoquant des éclats de noisette caramélisée, apporte du relief au plat. Le jus, rouge orangé et légèrement épais, offre une composition végétale et acidulée à base de tomates Datterino, thym, romarin et rhubarbe. Il apporte une tension bienvenue face à la douceur du homard.
Les Spätzle maison prennent ensuite le devant de la scène, nappés d'une sauce crémeuse et généreusement recouverts de truffe noire du Périgord. Les copeaux diffusent un parfum boisé envoûtant, tandis que quelques touches de verdure allègent visuellement l'ensemble. Le jus d'accompagnement, beige doré, associe poire Williams, noisette, citronnelle et yuzu — une alliance vive qui équilibre avec brio ce plat riche et généreux.
Le canard rôti est ensuite présenté dans sa cocotte en fonte, encore fumant sur son lit de thym. Ce moment de présentation attise la curiosité avant la découpe minutieuse. Nous avons pu également choisir notre couteau parmi une sélection d'exception, aux lames allemandes et manches en bois noble. Le filet de canard, vieilli et parfaitement rôti, révèle une chair juteuse sous une peau croustillante. Il est servi avec un jeu de textures autour de la betterave, de la cerise et du café : purée intense, sauce brillante, éléments confits, perles ou gel, et une croquette croustillante. Le jus, rouge profond, associe pinot noir, hibiscus, poivre et cannelle — un mariage riche, complexe et plein de fraîcheur qui magnifie la profondeur du plat.
Le premier dessert met en avant l'orange Mikan sous forme d'un sorbet éclatant, déposé sur une base crémeuse à l'amande. L'ensemble repose dans un coulis infusé à la camomille, alliant acidité, rondeur et douceur florale dans une composition d'une grande finesse. Le second dessert célèbre la fraise, fraîche et juteuse, accompagnée d'un sorbet à la rose, de meringue éclatée, de pétales cristallisés et d'éclats. Aérien, poétique, ce dessert marie textures et parfums floraux. Le jus d'accompagnement, complexe et rafraîchissant, associe grenade, cacao et shiso, contrepoint subtil à la douceur du plat.
Enfin, l'assiette finale rend hommage à la grand-mère des chefs, dont le carnet de recettes trône ouvert sur la table. Une liqueur aux œufs est servie glacée dans de petits gobelets en métal. Les madeleines dorées et moelleuses rappellent les goûters d'enfance, tandis que chocolats marbrés et petits gâteaux en couches, nappés de chocolat, rappellent les grandes occasions. Plus qu'un dessert, c'est une transmission de souvenirs — une conclusion émouvante à cette expérience sensorielle.
Mon Avis
Chez Sühring, la gastronomie devient récit. Chaque plat, chaque gorgée, chaque geste raconte une histoire personnelle, ancrée dans les traditions allemandes et sublimée par une créativité contemporaine. Dans cet écrin tropical en plein cœur de Bangkok, les frères Sühring signent une expérience rare, à la fois intime, audacieuse et profondément émotive — un voyage culinaire d'exception, dont on ressort touché, inspiré, et un peu transformé.
Informations Pratiques
Un grand merci à Sühring pour l'invitation à découvrir leur établissement. Bien évidemment, je reste libre de mes propos dans cet article !